La fin de l’innocence

« Regarde maman, il y a maman flocon et bébé flocon ». Ma fille de 6 ans, me sourit, les yeux pétillant de fraîcheur, tenant dans ses mains un grand flocon et un petit flocon. En pleine période Reine des Neiges elle est, au cas où vous ne l’auriez pas compris.

Assise dans le canapé, en pleine réflexion (plein de questions qui me taraudent), je lui souris en retour. Malgré tout le choupinou de la scène, ne peut s’empêcher de passer dans mon esprit, à cet instant là, cette phrase : la fin de l’innocence.

Dans ma tête, se bousculent des pensées. Depuis le début du confinement, plus présente qu’avant sur les réseaux sociaux (comme beaucoup), je ressens des changements de comportements individuels et de nouvelles dynamiques collectives.

Consommateur de contenus

En temps normal, dans notre quotidien, les réseaux sociaux sont, me semble t-il, une fenêtre pour s’évader par moments. Un peu de rires, beaucoup de sourires et des frémissements de plaisir au passage, entre deux occupations.

Mais voilà, en période de confinement, non comptant d’être restreint à un périmètre géographique limité, nos repères temporels & rythmes de vie sont mis à mal.

Nous voilà privés de nos divertissements habituels et disposant (pour beaucoup) de plus de temps. La nature a horreur du vide. L’écran de nos téléphones devient plus que jamais un moyen d’accéder à une denrée devenant consommable : le contenu en ligne (et je pense en particulier au contenu à caractère sexuel, vous l’aurez deviné). Et qui dit contenu sous entend fournisseur(s) de contenu.

C’est presque imperceptible, c’est certainement nuancé d’une personne à l’autre, mais c’est dans l’air.

Se sentir vivant

La première fois que j’ai découvert la notion de pulsion ou penchant ordalique, c’était en lisant « l’infidélité promise » d’Eve de Candaulie.

Qu’est ce que l’ordalisme ? Le fait d’agir de façon risqué, motivé par un besoin de jouer avec la mort ou de revitaliser son existence. Rechercher des sensations extrêmes, l’intensité de la vie, le plaisir sans frein.

Alors oui, il est matériellement compliqué de se lancer actuellement dans des activités extrêmes. Pour tenter le saut en parachute ou se lancer dans la plongée sous marine, il faudra attendre encore un peu.

Il me semble néanmoins que nous recherchons davantage de contenus « sensationnels » qui provoquent des réactions (érections) plus intenses (en opposition avec le calme plat de nos quotidiens confinés) et nous permettant de nous sentir vivants (chibrants).

En miroir, les fournisseurs de contenu sont tentés d’être plus racoleurs et tranchés, plutôt que mesurés et subtils.

« Service après vente des réseaux sociaux, bonjour »

Inquiet

« Bonjour, j’attends ma dose de rire et mes photos olé olé. C’est normal que je n’ai rien vu passer ? »

Exigeant

« Distrais moi, fais moi rire, fais moi jouir et fais le bien. Fais le même mieux qu’hier »

Blasé

« Mouais, c’est mignon mais je like pas / je m’abonne pas, j’ai vu plus dénudé ailleurs »

La fin de l’innocence.

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Note : 1 sur 5.

Un commentaire sur « La fin de l’innocence »

  1. C’est vrai que l’esprit voyage enormement en ce temps de confinement surtout si on vit seul😭😭

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